ACCORD AMIABLE Rupture conventionnelle — séparation à l'amiable

Depuis le 1er janvier 2026, la rupture conventionnelle est devenue plus coûteuse pour les employeurs. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a relevé la contribution que les entreprises doivent verser à l'URSSAF lors de chaque séparation amiable. Tour d'horizon de ce qui change — et de ce qui ne change pas pour les salariés.

Un peu de contexte : qu'est-ce que la contribution patronale spécifique ?

Lorsqu'un employeur et un salarié se séparent à l'amiable via une rupture conventionnelle homologuée, l'employeur doit verser une indemnité au salarié. Une partie de cette indemnité est exonérée de cotisations sociales (dans certaines limites légales). Mais sur cette partie exonérée, l'employeur doit payer une taxe spécifique — appelée contribution patronale spécifique — directement à l'URSSAF.

Cette taxe n'est pas supportée par le salarié : elle s'ajoute au coût global pour l'entreprise, en plus de l'indemnité elle-même. Elle a remplacé l'ancien forfait social de 20 % depuis le 1er septembre 2023.

« La contribution patronale spécifique ne porte que sur la partie de l'indemnité exonérée de cotisations sociales. Elle est entièrement à la charge de l'employeur et n'affecte pas le montant que reçoit le salarié. »

Ce qui a changé au 1er janvier 2026

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a relevé le taux de cette contribution de 30 % à 40 %. L'impact est immédiat sur le coût réel de chaque rupture conventionnelle.

Prenons un exemple concret : pour un salarié dont l'indemnité de rupture conventionnelle comporte 15 000 € de fraction exonérée de cotisations, l'employeur paie désormais 6 000 € de contribution au lieu de 4 500 € auparavant — soit 1 500 € de plus à verser à l'URSSAF, sans que le salarié ne reçoive un centime supplémentaire.

À partir de quand s'applique ce taux de 40 % ?

C'est une question pratique importante, qui a donné lieu à des interprétations divergentes au début de l'année. Le Bulletin officiel de la Sécurité sociale (BOSS) a tranché en avril 2026 en retenant un critère clair : le taux de 40 % s'applique aux ruptures dont la date de fin de contrat est postérieure au 1er janvier 2026 — et non la date de signature de la convention ni la date de versement de l'indemnité.

Pour une rupture conventionnelle, c'est la date de rupture fixée dans la convention (qui doit être postérieure à la date d'homologation par la Dreets) qui fait foi.

Situation Taux applicable
Date de fin de contrat entre le 1er sept. 2023 et le 1er janv. 2026 30 % sur la part exonérée de cotisations
Date de fin de contrat après le 1er janvier 2026 40 % sur la part exonérée de cotisations

Et pour le salarié, qu'est-ce qui change ?

Du côté du salarié, le montant de l'indemnité reçue n'est pas modifié par cette hausse. En revanche, le traitement fiscal reste inchangé et dépend toujours d'une question clé : le salarié est-il en droit de partir à la retraite au moment de la rupture ?

  • Si non : l'indemnité est partiellement exonérée d'impôt sur le revenu (dans les mêmes conditions que l'indemnité de licenciement).
  • Si oui : l'indemnité est intégralement imposable à l'impôt sur le revenu.

Cette différence de traitement fiscal subsiste après la réforme, même si le régime social (cotisations) est désormais unifié quelle que soit la situation retraite du salarié.

« Avant d'engager une rupture conventionnelle, employeurs et salariés ont tout intérêt à faire établir une simulation précise incluant le nouveau taux de contribution. Un calcul erroné peut entraîner des redressements URSSAF. »

Pourquoi cette hausse ? Un choix politique assumé

La hausse à 40 % ne résulte pas d'un simple ajustement technique : elle s'inscrit dans un mouvement délibéré de remise en cause de la rupture conventionnelle par les pouvoirs publics.

Un dispositif jugé trop attractif

Depuis 2008, la rupture conventionnelle a connu un succès massif, en partie parce que son coût est mutualisé via l'assurance chômage. Cette facilité a favorisé son utilisation pour des fins que le législateur n'avait pas initialement prévues — notamment la gestion des fins de carrière des salariés seniors, surreprésentés parmi les signataires.

Une évolution en trois étapes

  • Avant sept. 2023 — forfait social de 20 %, applicable seulement dans certaines situations.
  • Sept. 2023 — contribution spécifique de 30 % sur toutes les ruptures conventionnelles, instaurée par la LFSS 2023 (art. 4, modifiant l'art. L. 137-12 CSS).
  • Janv. 2026 — taux porté à 40 % par la LFSS 2026 (art. 15, I), avec un double objectif : augmenter les recettes de la sécurité sociale et freiner les usages jugés excessifs du dispositif.

Un effet d'autant plus fort que l'indemnité est élevée

Les indemnités restent largement exonérées de cotisations sociales (jusqu'à 2 plafonds annuels de la sécurité sociale). Mais c'est précisément sur cette fraction exonérée que la contribution s'applique — ce qui signifie que plus les montants négociés sont élevés, plus le surcoût pour l'employeur est important.

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Audrey Cagnin accompagne employeurs et salariés pour sécuriser chaque étape de la procédure et optimiser les conditions financières.

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Audrey Cagnin
Audrey Cagnin
Associée — Droit social
Audrey Cagnin intervient en droit social et droit de la sécurité sociale. Elle accompagne entreprises, syndicats et particuliers au sein du cabinet ARK Avocats à Paris.